La délégation du droit de préemption : la priorité à l’intérêt général

Le droit de préemption ne se résume pas à un simple droit de priorité : c’est un outil juridique au service de l’aménagement du territoire. Il permet à une personne publique (notamment une commune ou une intercommunalité) de se substituer à l’acheteur initial lors de la vente d’un bien immobilier. Le but est de réaliser un projet d’intérêt général.

Ce droit peut être exercé directement par la collectivité, ou délégué à un organisme tiers dans un cadre juridique précis. Mais comment fonctionne cette délégation et qui peut en bénéficier ?

En quoi consiste la délégation du droit de préemption ?

La délégation du droit de préemption permet au titulaire légal (généralement une collectivité territoriale) de transférer temporairement l’exercice de ce droit à un autre acteur public, qui agira en son nom. La délégation n’entraîne en aucun cas le transfert du droit lui-même. La collectivité reste titulaire du droit de préemption et porte la responsabilité juridique et politique des décisions prises.

Qui peut déléguer le droit de préemption ?

Plusieurs entités sont à même de déléguer ce droit. Parmi elles figurent :

  • les communes ;
  • les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ;
  • les départements ;
  • les régions.

Une commune peut ainsi confier l’exercice du droit de préemption à un établissement public foncier pour faciliter l’acquisition de biens stratégiques dans une logique de projet global.

Qui peut recevoir la délégation ?

La loi prévoit que seuls certains organismes peuvent recevoir la délégation des droits de préemption, dont :

  • les établissements publics fonciers (EPF) ;
  • les offices publics de l’habitat (OPH / HLM) ;
  • les sociétés d’économie mixte (SEM) ;
  • d’autres EPCI.

Depuis 2015, même certains bailleurs sociaux privés peuvent recevoir la délégation, dans des cas bien définis par décret.

Quel est le cadre juridique ?

La délégation du droit de préemption est strictement encadrée par les articles L. 213-3 et suivants du Code de l’urbanisme, qui précisent les conditions de mise en œuvre et les acteurs autorisés à en bénéficier. Concrètement, deux étapes sont indispensables :

  • Une délibération de l’organe délibérant de la collectivité (comme le conseil municipal ou le conseil communautaire), qui acte la volonté de déléguer ce droit.
  • Une convention écrite entre la collectivité et le délégataire. Elle définit :
    • le périmètre d’intervention ;
    • les objectifs visés ;
    • la durée de la délégation (souvent limitée et renouvelable) ;
    • les modalités d’exercice du droit.

Elle encadre aussi les responsabilités de chaque société ou organisme impliqués dans l’opération foncière. Une mise en œuvre incorrecte peut se terminer au tribunal, devant la cour administrative d’appel.

Pourquoi déléguer le droit de préemption ?

Ce choix est avant tout stratégique et répond à plusieurs objectifs, tels que :

1. Agir plus vite sur un territoire élargi

Un organisme délégataire (comme un EPF) interviendra plus rapidement qu’une collectivité, grâce à des procédures décisionnelles allégées. De plus, lorsqu’un projet dépasse les frontières communales, la délégation permet d’agir à l’échelle d’une intercommunalité. Cela renforce la coordination des politiques publiques. Mais cette action nécessite une autorisation des instances concernées.

2. Mobiliser une expertise technique

Certains opérateurs publics disposent de compétences techniques précieuses : ingénierie foncière, négociation, avocats spécialisés, etc. En leur confiant l’exercice du droit de préemption, la collectivité bénéficie d’un accompagnement professionnel, ce qui limite les risques administratifs.

3. Faciliter le portage foncier

L’achat d’un bien n’est qu’une première étape de l’opération. La propriété doit ensuite être conservée, entretenue, parfois pendant plusieurs années, jusqu’à la concrétisation du projet. Les EPF, notamment, ont vocation à assurer ce portage.

4. Alléger la pression budgétaire

Certains délégataires disposent de financements propres ou de subventions spécifiques. En leur déléguant le droit de préemption, la collectivité peut limiter l’impact budgétaire immédiat, tout en gardant la main sur le projet global.

5. Défendre l’intérêt général

La délégation préserve des usages publics : sauvegarder des logements sociaux ou préserver des terres agricoles. Ce droit est souvent utilisé pour la prévention des feux de forêt dans le but de préserver la biodiversité.

Cas concrets d’application : agir selon les enjeux

Les exemples de délégation du droit de préemption ne manquent pas !

Délégation d’un DPU à un Établissement Public Foncier (EPF)

Prenons l’exemple de la commune de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, qui mène depuis plusieurs années une politique active de renouvellement urbain. Pour accompagner la transformation de certains quartiers et favoriser le développement de logements sociaux, le conseil municipal a délégué en 2015 l’exercice du droit de préemption urbain (DPU) au maire. Ce dernier peut ainsi intervenir rapidement, à chaque mise en vente d’un bien, et préempter en lieu et place de l’acquéreur initial, dans le respect du projet d’intérêt général porté par la collectivité.

Cette stratégie, validée par la cour administrative d’appel, permet à la commune d’acquérir des terrains de manière réactive, sans immobiliser immédiatement le budget. Elle s’inscrit dans une démarche coordonnée avec les services techniques pour un aménagement urbain maîtrisé.

À noter : Si un propriétaire souhaite vendre un bien situé dans une zone soumise au droit de préemption, il doit obligatoirement adresser une déclaration d’intention d’aliéner (DIA) à la commune. Les propriétaires peuvent aussi tenter de refuser le droit de préemption devant le tribunal administratif. En cas d’abus, la préemption peut être annulée sur décision du Conseil d’État, considéré comme la juridiction d’appel ultime.

Délégation pour gérer une friche industrielle classée ICPE

Les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) désignent des sites susceptibles de présenter des risques pour la santé ou l’environnement.

Prenons l’exemple d’une commune qui identifie une usine désaffectée, classée ICPE à cause de la pollution. Le site est stratégique pour aménager un espace urbain, mais la collectivité ne souhaite pas assumer seule le risque environnemental. Elle délègue son droit de préemption à un EPF régional, qui est doté d’un service spécialisé dans la dépollution et le portage foncier.

Après avoir obtenu l’autorisation préfectorale, l’EPF acquiert le site. Il coordonne les diagnostics environnementaux, sécurise le terrain, puis le rétrocède. La synchronisation entre la maire, les services de l’État et les acteurs techniques permet à la communauté locale de réduire les risques de l’opération.

Délégation du DPENS pour préserver un espace naturel menacé

Le DPENS (droit de préemption pour les espaces naturels sensibles), attribué aux départements, permet d’acquérir des terrains présentant un fort intérêt écologique. Dans une commune littorale, un terrain boisé à fort intérêt écologique est mis en vente et menacé par un projet de lotissement. Le département, titulaire du DPENS, prend la décision de déléguer son droit de préemption au Conservatoire du littoral, mieux armé pour assurer la gestion durable de ce type d’espace.

La délégation du droit de préemption est essentielle pour rendre l’action foncière plus agile, plus efficace et mieux adaptée aux défis actuels : logement, transition écologique, revitalisation urbaine. Les collectivités font appel à des partenaires compétents pour mener à bien l’opération.

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