Le droit de préférence sur une parcelle boisée : tout ce qu’il faut savoir pour les propriétaires voisins

Vous êtes propriétaire d’un bois et vous envisagez de le vendre ? Ou au contraire, vous possédez une parcelle forestière et vous aimeriez acquérir le terrain voisin ? Le droit de préférence forestier est un mécanisme souvent méconnu, mais essentiel pour comprendre comment s’organise la vente de petites parcelles boisées. Créé pour éviter le morcellement des forêts, ce droit permet à certains propriétaires de passer avant tout autre acheteur. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce dispositif, ses conditions, ses limites, et ses implications concrètes.

Promeneur en forêt avec son chien, en automne.

Qu’est-ce que le droit de préférence sur une parcelle boisée ?

Avant de rentrer dans les détails, il convient de définir ce qu’est le droit de préférence sur une parcelle boisée.

Définition du droit de préférence sur une parcelle boisée

Afin de limiter la fragmentation des propriétés forestières, le Code forestier a instauré un droit de préférence au bénéfice de certains propriétaires voisins lors de la vente d’une parcelle boisée. Toutefois, ce droit ne peut s’exercer que si plusieurs conditions cumulatives sont remplies :

  1. La parcelle mise en vente doit être contiguë à celle du bénéficiaire, c’est-à-dire limitrophe selon les documents cadastraux. En principe, deux parcelles sont considérées comme contiguës si elles se touchent directement, sans obstacle majeur. Un fossé, un ruisseau ou un simple chemin de terre ne rompent généralement pas cette continuité. En revanche, une voie goudronnée ou un cours d’eau important (comme une rivière navigable) peut être considéré comme une discontinuité. En cas de doute, mieux vaut consulter le cadastre ou solliciter l’avis du CRPF ou d’un juriste spécialisé.
  2. Toutes les parcelles mises en vente doivent être cadastrées en nature de bois ou forêt.
  3. La superficie totale de la vente (et non pas uniquement celle d’une parcelle) doit être inférieure à 4 hectares.
  4. Le propriétaire intéressé doit gérer sa propre parcelle selon un document de gestion durable en cours de validité, reconnu par le Code forestier (PSG, CBPS ou RTG).

Trois types de documents sont acceptés par le Code Forestier. Le Plan Simple de Gestion (PSG), obligatoire au-delà de 25 hectares, est établi par le propriétaire, puis soumis à l’approbation du Centre régional de la propriété forestière (CRPF). Le Code des Bonnes Pratiques Sylvicoles (CBPS) est une charte volontaire adaptée aux petites forêts, valable dix ans. Enfin, le Règlement Type de Gestion (RTG) offre un cadre simplifié fondé sur un modèle validé par le CRPF, destiné également aux petits propriétaires.

Les objectifs de ce droit

Ce droit encadre la vente d’une parcelle boisée pour plusieurs raisons :

  • lutter contre le morcellement des parcelles forestières ;
  • préserver les fonctions écologiques de la forêt ;
  • simplifier la transmission et l’exploitation des forêts ;
  • favoriser l’exploitation raisonnée ;
  • préserver le patrimoine forestier ;
  • renforcer l’unité foncière pour optimiser l’exploitation ou la protection.

L’objectif de ce droit est de garder une gestion unifiée pour la protection de la biodiversité, les sols, la ressource en eau et la prévention des feux de forêt.

À lire également : Droit de préemption dit DFCI : les mécanismes clés de cette mesure de lutte contre les incendies

Qui bénéficie du droit de préférence sur une parcelle boisée ?

Le Code forestier encadre les bénéficiaires du droit de préférence avec quelques exclusions.

Les bénéficiaires du droit de préférence forestier

Le droit de préférence forestier bénéficie exclusivement aux propriétaires privés de parcelles boisées contiguës à celle mise en vente. Il s’agit le plus souvent de particuliers, d’exploitants forestiers ou de groupements forestiers engagés dans une gestion durable de leur patrimoine. Ce droit privilégie donc les acteurs déjà implantés localement, impliqués dans la préservation et la valorisation du patrimoine forestier.

Les exclusions prévues par la loi

Le droit de préférence ne s’applique pas dans certaines situations expressément prévues par l’article L331-21 du Code forestier, notamment :

  • Si la parcelle mise en vente dépasse 4 hectares (au total) ;
  • En cas de vente entre cohéritiers, indivisaires ou conjoints (toutes ces situations étant regroupées) ;
  • Si le bien est vendu à un ascendant ou descendant du vendeur ;
  • Si la vente est réalisée au profit d’un organisme d’intérêt général (collectivité, établissement public, SAFER…) ;
  • En présence d’un droit de préemption public prévu par le Code rural ou le Code de l’urbanisme ;
  • Lorsque la parcelle mise en vente est classée en zone urbaine (U) ou à urbaniser (AU) dans un document d’urbanisme en vigueur (PLU ou PLUi) ;
  • Lorsque la parcelle n’est pas cadastrée en nature de bois ou forêt, même si elle est boisée en réalité ;
  • Dans le cadre d’un échange foncier ;
  • Si la vente est ordonnée par décision de justice, comme en cas de liquidation ou de partage judiciaire.

Si tous les prérequis sont respectés, la procédure peut commencer.

Quels sont les mécanismes de ce droit ?

Comme toute disposition légale en France, ce droit repose sur une procédure précise, avec des conditions, des exceptions, et des conséquences en cas de non-respect.

Comment s’exerce ce droit ?

Avant toute vente, le propriétaire doit notifier son intention de vendre à tous les propriétaires forestiers voisins remplissant ces conditions. Cette notification doit être faite par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte d’huissier.

Cependant, si 10 propriétaires ou plus doivent être informés, la loi autorise une procédure simplifiée : le vendeur peut publier un avis dans un journal d’annonces légales et procéder à un affichage en mairie pendant un mois, ce qui tient lieu de notification.

Elle doit mentionner :

  • l’identité du vendeur ;
  • la description complète de la parcelle (références cadastrales, superficie, situation) ;
  • le prix proposé et les conditions de la vente ;
  • un rappel des délais légaux de réponse (2 mois).

Les bénéficiaires disposent donc de 2 mois pour répondre. En cas d’acceptation, la vente peut avoir lieu selon les conditions notifiées. En cas de refus ou d’absence de réponse, la vente peut se faire librement. Chaque propriétaire concerné dispose du même délai à compter de la réception du courrier recommandé ou de la publication légale pour faire connaître sa décision. Si plusieurs candidats se manifestent, le vendeur reste libre de choisir, à conditions égales.

Cas concret : Un propriétaire souhaite vendre une parcelle boisée de 3 hectares. Il notifie ses voisins par lettre recommandée, et plusieurs notifient leur intention d’user de leur droit de préférence dans le délai légal. Le vendeur choisit alors librement l’acquéreur parmi ces candidats, tous remplissant les conditions du droit de préférence.

Que se passe-t-il en cas de non-respect ?

En cas de non-respect de la procédure, qu’il s’agisse d’une omission de notification, d’une erreur de forme ou d’une vente conclue avec un tiers sans purge préalable, la vente peut être contestée en justice par un propriétaire forestier lésé. Ce recours est possible dans un délai de cinq ans à compter de la date de la vente.

Si le juge constate l’irrégularité, il peut annuler la transaction, même si l’acquéreur était de bonne foi. La vente annulée entraîne alors la restitution de la parcelle en nature, sauf impossibilité, auquel cas le juge peut ordonner une compensation financière. Quand la parcelle est restituée, le bénéficiaire du droit de préférence a la possibilité d’acheter dans les conditions initialement prévues.

Qu’en est-il du droit de préemption ?

L’article L331-19 du Code forestier précise clairement que le droit de préférence accordé aux propriétaires forestiers voisins s’exerce « sous réserve des droits de préemption prévus par d’autres législations », tels que :

  • Le droit de préemption des Espaces Naturels Sensibles (ENS), exercé par les départements sur des zones à protéger pour leur valeur écologique.
  • Le Code rural et de la pêche maritime (droit de préemption des SAFER, par exemple).
  • Le Code de l’urbanisme, qui encadre le droit de préemption urbain (DPU) exercé par les communes ou intercommunalités.
  • Le droit de préemption de l’État, qui peut être exercé sur des parcelles boisées situées à proximité d’une forêt domaniale.

Les communes ne bénéficient pas du droit de préférence forestier prévu à l’article L331-19, réservé aux propriétaires privés voisins. En revanche, elles peuvent intervenir via d’autres mécanismes : droit de préemption (ENS, DPU, SAFER…), acquisition amiable, convention, projet environnemental…

Autrement dit, si une commune est titulaire d’un droit de préemption sur la zone concernée, elle sera informée par la Déclaration d’intention d’aliéner (DIA). La collectivité dispose alors d’un délai légal pour se prononcer (généralement deux mois). Si elle décide d’exercer son droit de préemption, elle devient prioritaire, même si un voisin forestier avait déjà fait connaître son intention d’acheter.

À lire également : Purge des droits de préemption : procédures et bonnes pratiques pour chaque type de DP

Le droit de préférence sur une parcelle boisée est un outil clé pour préserver la cohérence et la gestion durable des forêts privées. Et pour éviter toute erreur de procédure, mieux vaut s’entourer de professionnels du droit forestier.

Rejoindre Terranota

Cultivez votre curiosité et restez informés sur l’actu urba

Contacter Terranota

Vous êtes Notaire, professionnel du droit, professionnel de la construction ?
 
Prenez contact avec notre équipe !
 
Nous pourrons échanger sur votre problématique et vous expliquer comment nous mettons aujourd’hui notre expertise au service de nos clients sur chaque territoire.